Wednesday, August 19, 2015


Photo by Kate Van Bee on flickr


Je n'aime pas dormir quand ta figure habite,
La nuit, contre mon cou ;
Car je pense à la mort laquelle vient trop vite,
Nous endormir beaucoup.

Je mourrai, tu vivras et c'est ce qui m'éveille !
Est-il une autre peur ?
Un jour ne plus entendre auprès de mon oreille
Ton haleine et ton coeur.

Quoi, ce timide oiseau replié par le songe
Déserterait son nid !
Son nid d'où notre corps à deux têtes s'allonge
Par quatre pieds fini.

Puisse durer toujours une si grande joie
Qui cesse le matin,
Et dont l'ange chargé de construire ma voie
Allège mon destin.

Léger, je suis léger sous cette tête lourde
Qui semble de mon bloc,
Et reste en mon abri, muette, aveugle, sourde,
Malgré le chant du coq.

Cette tête coupée, allée en d'autres mondes,
Où règne une autre loi,
Plongeant dans le sommeil des racines profondes,
Loin de moi, près de moi.

Ah ! je voudrais, gardant ton profil sur ma gorge,
Par ta bouche qui dort
Entendre de tes seins la délicate forge
Souffler jusqu'à ma mort.

- Jean Cocteau, Plain-Chant (1923)

8 comments:

yves said...

incontestablement, quand mon compagnon est ainsi, sommeillant en toute confiance et amour, je ffffffonds. je crois bien que c'est le moment le plus attendrissant qu'il me soit donné de vivre. je suis sûr qu'il en est de même pour vous tous. je suis très "fleur bleue".

Silvano said...

Du moment qu'il ne ronfle pas...

JiEL said...

Douceur du matin fort agréable avec un si bel «homme au bois dormant» à ses côtés...

Qu'il ronfle je m'en fouterais bien..

yves said...

que vous citiez ce texte de Cocteau juste avec cette photo me touche profondément. beaucoup de sensibilité chez vous, AC, dites-moi !

another country said...

En grattant bien, on finit par en trouver un peu.

unnu said...

Il suffit de caresser ton blog pour découvrir des trésors de sensibilité.
C'est pour cela que je viens le visité c'est une oasis de douceur, de fraîcheur , de subtilités délicates.
J'adore.
Pour ce le message d'aujourd'hui la mélancolie de cocteau me plait énormément.

another country said...

Comme c'est gentil et délicat, unnu. Touché ! :)

yves said...

et ben ! il fait un tabac le AC ! combien de rappels au tomber de rideau ? content pour vous.
sacré loulou le Unnu. quant à Jiel, toujours égal à lui-même : ode à la beauté, à l'Homme, direct sans détour.