Monday, December 14, 2015



La pièce était plongée dans une profonde pénombre. Filip chercha à tâtons le paquet de cigarettes et la boîte d'allumettes qu'il avait déposés plus tôt sur la table de chevet. Il entendait Anton qui se déplaçait lentement et difficilement dans la pièce à la recherche de ses vêtements sans doute éparpillés sur le sol. Un bruit de meuble bousculé, un bruit sourd et mat. Anton lâcha une bordée de jurons. Filip gloussa en silence et frotta charitablement une allumette. Une auréole de lumière vacillante et phosphorescente déchira l'obscurité.
- Ils n'ont pas fait plus de bruit le jour du Débarquement ! dit-il en levant les yeux au ciel.
- Je ne retrouve pas mes chaussures ! s'exclama Anton d'un ton qui sentait l'agacement.
- Moins fort ! répondit Filip mezza voce. On entend tout, ici. Tu vas réveiller tout le monde.
Anton continuait d'arpenter la pièce rendue à l'obscurité une fois l'allumette consumée. Il commençait à avoir réellement froid. Ses pieds nus couraient sur le sol, mais ses épaules et son torse dénudés ressentaient les premières morsures de la température hivernale qui régnait dans l'immense dortoir ouvrier aménagé dans les combles. Cette retraite sous les toits qu'il avait d'abord perçue comme un lieu retiré propice à abriter leur intimité se transformait rapidement en glacière.
- On n'y voit rien ! jura-t-il d'une voix rendue méconnaissable par l'irritation et la frustration de se trouver soudainement à la merci des caprices et des moqueries de Filip.
- Et je commence à me les cailler ! marmonna-t-il.
Filip frotta une nouvelle allumette. Pendant quelques instants, son visage fut baigné de lumière et sur ses lèvres se devinait aisément un formidable sourire satisfait. D'un mouvement de tête narquois, il désigna la place dans le lit, juste à côté de lui, dont il tenait écartés, comme par invitation, le drap et les couvertures.
- Ramène ton petit cul glacé ici ! ordonna-t-il d'un ton faussement mielleux.
Il souffla l'allumette qui allait lui brûler les doigts. On n'entendit plus que la respiration régulière et paisible de Filip et le frôlement sur le sol des pieds d'Anton qui se dirigeait à tâtons vers le lit. Puis un bruit sourd et mat. Et un juron. Anton se glissa dans le lit comme on entre dans un bain chaud et Filip dégusta la volupté de l'instant comme une gorgée de pure malt.
- Demain, il fera jour, susurra-t-il à la cantonade. Il se rapprocha d'Anton, se blottit en cuillère contre son corps grelottant, son petit cul glacé et ses reins pris en tenaille par le froid. Dans l'obscurité absolue de cette nuit d'hiver, le sourire de Filip aurait pu, tant il était radieux, illuminer la pièce s'il n'avait été intérieur.
- Erik Olse, Plutôt crever (1987). Traduit du suédois par Maxime Orville.

5 comments:

joseph said...

La photo invitait à la rêverie et le texte l'illustre à merveille par les mots!

JiEL said...

Tout à fait une partie de mon expérience avec David, hier soir..

Après nos ébats biens arrosés, je le tenais en cuillère sur mon ventre en sentant son dos musclé sur mon ventre et ses belles fesses bombées où mon sexe y trouvait un nid douillet..

yves said...

et ce bouquin ? où peut-on le dénicher ?
merci.

another country said...

Epuisé, Yves.

Celeos said...

C'est malin de nous appâter ainsi !