Tuesday, February 28, 2017


Gaston Lagaffe, 60 ans d'emploi fictif

Siestes, bourdes en tout genre, inventions loufoques et éloge du bien-être antiproductif : le «plus mauvais garçon de bureau» a su développer son CV depuis 1957.



Gaston Lagaffe a 60 ans et toujours aucune dent contre presque personne. On ne peut pas dire que l’agressivité soit un trait de son caractère, même s’il est un farouche opposant de la pollution et du travail à outrance, ainsi que de la police quand l’agent Longtarin la personnifie, et de Monsieur Boulier, le comptable des éditions Dupuis...

Gaston est né dans le Journal de Spirou le 28 février 1957, au début comme «bouche-trou», à côté des vrais héros. Son format strip lui permettait de se glisser n’importe où. Pourtant, son licenciement est vite à l’ordre du jour. Fantasio, son supérieur hiérarchique, remarque que Spirou «est le seul journal au monde qui possède un héros en trop ! Nous avons parmi nous un héros sans emploi !» Gaston ne fait rien, mais rien est déjà trop puisque «le gaffeur sachant gaffer» gaffe plus vite que son ombre.




Franquin, son père, déclarait à Libération : «C’est un homme à tout, ou plutôt à rien faire, sinon inventer des bidules, des cochonneries qui tournent mal, par exemple la machine à faire des ronds de fumée pour les gens qui ne fument pas. Dans le dernier album, il y a son système contre les hold-up : des milliers de billes d’acier qui sortent de partout. Tout devient impossible, on ne peut plus tenir debout. Le problème, évidemment, c’est de les ranger après. J’avais imaginé, mais je ne l’ai pas dessiné, que quelqu’un ouvrait la porte du bureau et que les billes se répandaient dans tout l’immeuble. Gaston, en tout cas, vit de son travail. Les éditions Dupuis le paient.»



«Au début, c’était un gaffeur et puis c’est tout. Il s’est développé sans que j’aie tout prévu. Quand on met en scène un personnage, on le subit toujours un peu. Il est devenu antimilitariste parce qu’il y avait à Spirou un rédacteur en chef, excellent d’ailleurs, qui mettait un peu trop de Messerschmitt avec certaines croix.
Normalement, une gaffe, c’est plutôt verbal. J’ai un peu détourné : quand on met le feu à un extincteur dans un bureau, c’est une gaffe. Gaston a son idée du progrès, qui n’est pas d’une efficacité totale. […] Je n’ai jamais osé dessiner son intérieur. Tout devrait être d’une complexité abominable. J’ai dessiné son lit, une fois, qui était plein de tuyaux, avec un robinet s’il voulait boire.»




Mais que serait Gaston sans Monsieur De Mesmaeker ? «Les contrats, les contrats !» La mission de Gaston semble être d’empêcher Monsieur De Mesmaeker de les signer - ou de les détruire immédiatement s’il n’a pas réussi à intervenir plus tôt.
Brûlés, inondés, déchiquetés, crottés, avalés, envolés : les contrats vont subir les premiers, les deuxièmes et toute la liste des outrages jusqu’au dernier sans, naturellement, que Gaston y ait la moindre responsabilité - le hasard est un coupable si présentable...




Source: Libération, Mathieu Lindon, 27 février 2017

3 comments:

JiEL said...

J'adore Gaston Lagaffe.

J'ai d'ailleurs un «T-shirt» de Gaston L. qui dit:" La première gaffe, c'est de se lever."

OUF! 60ans déjà.

Esta Noche said...

Le glandeur absolu... :)

joseph said...

Franquin le fit débuter par des petits pas, ce qui relève de l'exploit pour un mec en savate , mais quoiqu'en dise l'article, Gaston avait des cibles ennemies , il suffit de voir les gags où des engins de guerre miniaturisés sont à l'oeuvre!