Wednesday, May 17, 2017


Policiers(ères) LGBT :
"Un vocabulaire ambiant parfois difficile à vivre"



A l'occasion de la Journée contre l'homophobie, interview du président de Flag!, l'association des policiers et gendarmes LGBT: en 2018, un référent anti-homophobie par commissariat.
Cee 17 mai est, comme chaque année, la Journée internationale de la lutte contre l'homophobie et la transphobie. À cette occasion, nous avons interviewé Mickaël Bucheron, président de Flag ! (le nom vient à la fois du drapeau (flag en anglais) arc-en-ciel et du diminutif de flagrant délit), l'association des policiers et gendarmes LGBT : en interne comme dans leurs missions publiques, comment vivent les policiers et gendarmes concernés ? Quel rôle joue l'association ?
Comment est née l'association "Flag !" ?
Elle s'est constituée en 2001, pour les policiers, et dès 2002 s'est étendue aux gendarmes. Nous constations alors l'invisibilité complète des policiers en tant que gays ou lesbiennes dans leur travail, et le lancement de l'association visait deux choses : sortir de ce tabou, pour que l'on puisse parler librement dans la police, que l'on soit hétérosexuel ou LGBT, et pouvoir aider les collègues victimes de la discrimination, que le fait d'être homo comme hétéro devienne un non-sujet.
Qui sont aujourd'hui les adhérents ?
Nous sommes environ 550, en majorité policiers - l'histoire et le statut militaire des gendarmes les incitent moins à adhérer à une association. La répartition des grades correspond à celle de la police et de la gendarmerie : il y a plus de gardiens de la paix et de gradés, mais Flag ! a aussi des adhérents commissaires ou officiers. Nous intégrons également les agents de la Pénitentiaire, les militaires et les Douaniers en qualité de sympathisants.
Comment les policiers ou gendarmes LGBT vivent-ils parmi leurs collègues ? Y a-t-il du changement depuis les débuts de l'association ?
Depuis nos débuts, nous soutenons les collègues victimes d'homophobie dans leur travail. Le nombre de cas est très variable d'une année sur l'autre, ça peut aller de zéro certaines années à une dizaine.
Le récent rapport de SOS Homophobie rapporte des cas d'accueil de victimes d'homophobie non prises en compte comme telles lors d'un dépôt de plainte. Quelle est l'action de Flag ! là-dessus ?
L'accueil du public est un point très important, sur lequel nous sommes actifs depuis 45 ans. Lorsqu'un cas nous est signalé, nous alertons systématiquement la hiérarchie locale. Il peut s'agir :
- de refus de dépôt de plainte,
- d'incompréhension du caractère homophobe d'une situation,
- de l’accueil déplorable d’une personne trans, soit par ignorance soit par pure transphobie,
- ou de non-prise en compte du caractère aggravant de l'homophobie ou de la transphobie dans un délit.
Dans beaucoup de cas, les plaintes sont déposées sans problème, mais étant donné notre prisme, nous sommes évidemment focalisés sur les cas minoritaires, comme lorsque les circonstances dans lesquelles une personne a été victime ne sont pas perçues comme relevant de l'homophobie.
Nous souhaitons aussi qu'il y ait des directives du ministère sur l'accueil des personnes transgenres victimes : même avec de la bonne volonté, des collègues ne savent pas trop comment s'y prendre. Nous avons présenté début 2016 des préconisations dont nous attendons des directives claires à l’adresse des policiers et des gendarmes.
On imagine peu une ambiance très "gay-friendly" dans la police, non ?
Comme dans beaucoup de secteurs, il y a souvent un vocabulaire ambiant difficile à vivre pour une personne LGBT. Des propos qui se veulent de l'humour, de la blague, et dont ceux qui les tiennent ne perçoivent pas toujours le caractère homophobe donc délictuel. C'est tellement dans le langage courant que ce n'est pas identifié comme tel.
Il faut aussi noter que nous faisons un métier où la solidarité est une valeur importante, on ne vit pas que dans le travail. Quand il y a une soirée entre collègues après, si vous cachez votre orientation sexuelle, vous venez tout seul alors que les autres emmènent leur conjoint ou conjointe.
Quelle est votre action pour améliorer cela ?
Plusieurs choses. Nous intervenons, depuis quatre ans, dans toutes les écoles de police, pour tous les grades, en vertu d'une convention passée avec le ministère de l'Intérieur. En 2016, nous sommes intervenus auprès de plus de 5.000 élèves, en 35 interventions au total.
On présente des cas concrets, et on leur demande comment ils réagiraient. On a pas mal d'impact, parce qu'on parle de la vie réelle en commissariat ou en gendarmerie, de policier à policier ou de gendarme à gendarme. Ce 17 mai, nous intervenons par exemple à l'école de police et au commissariat de Périgueux et à Bordeaux.
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Source: L'OBS, Thierry Noisette, 17 mai 2017


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